C'est au pied de la girafe qu'on mesure le scientifique. La girafe pue : elle dégage une odeur pestilentielle repérable à des centaines de mètres à la ronde.Le scientifique s'interroge : mais pourquoi la girafe pue-t-elle donc tant ? Il cherche. Puis finalement trouve et publie dans la revue Biochemical Systematics and Ecology un article tout bêtement titré "L'odeur de la girafe réticulée" (vol. 30, p. 913).
La girafe réticulée, qui vit en Somalie et au Kenya, contemple le monde du haut de 5 bons mètres. Elle a par ailleurs une vue excellente. Mais vraiment elle pue. Grâce à William Wood, professeur de chimie à l'Université de Humboldt State (Californie) et signataire de l'article, on sait désormais pourquoi : dans le pelage de la girafe sont nichés deux composés extrêmement odorants, l'indole et le 3-méthyle-indole. Ce dernier, également connu sous le nom de "scatole", sent très fort ce qu'on appelle vulgairement le caca.
Alors maintenant que fait-on ? Fort de cette information, va-t-on bricoler génétiquement des girafes sans odeur ? Elles passeraient inaperçues (surtout les nuits sans lune) et leurs prédateurs les embêteraient moins. Ou alors ce serait l'inverse : sans ce parfum repoussant, les girafes se retrouveraient soudain nues et vulnérables, comme Marilyn dépouillée de son Chanel n°5. Dans un cas comme dans l'autre la population des giraffidés pourrait connaître de dangereuses fluctuations.
Ce n'est pas dans cette direction qu'a regardé le docteur Woods. Après avoir analysé le poil de la girafe, il s'est plutôt demandé : "mais pourquoi donc cet animal se balade-t-il avec du 3-méthyle-indole dans la crinière ? Réponse : parce que ce produit repousse les tiques et autres parasites. Cette direction pourrait finalement s'avérer plus dangereuse que la précédente. Car on en craint cette application évidente : pour éviter de se faire mordre par les tiques, il faudrait que nous nous barbouillions d'excréments. Ce qui ôterait beaucoup de leur charme (et de leur efficacité) aux promenades romantiques dans les sous-bois.
Pourquoi le docteur Wood ne s'intéresse-t-il pas aux roses et aux violettes ? Il a naguère fait un effort en étudiant les odeurs de nos champignons de nos campagnes. Mais il en est revenu avec des conclusions assez ésotériques : les champignons qui sentent le concombre contiennent du trans-2-nonénal, et ceux qui fleurent l'ail sont imprégnés de lenthionine.
La grande spécialité du professeur William Wood reste toutefois de flairer le règne animal. Ces quinze dernières années, il s'est penché successivement sur le cas des putois (tachetés, rayés et capuchonnés), des antilopes, gazelles, cerfs, serpents et l'on en passe. Si la girafe constitue le sommet de son œuvre, en tout cas sa partie la plus remarquée, c'est sans doute pare qu'en lisant sa communication une image vient immédiatement à l'esprit : le docte Dr Wood grimpé sur une échelle, en train de fouiller la crinière de la girafe avec ce qu'on imagine être un peigne.
Oui, l'Université de Humboldt State peut se prévaloir de compter en ses rangs le premier scientifique qui ait littéralement peigné la girafe.
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