dimanche 8 mars 2009

Des femmes de Jacques

Au commencement, Dieu créa la femme.
Puis il considéra son œuvre qui le laissa sur sa faim viscérale de sadisme : la femme, en effet, avait un nombre appréciable de défauts, elle était à la fois inconsciente et cynique, certainement capable de faire n'importe quoi.
Tout, peut-être, sauf la guerre.
Ce qui bouleversait tous ses desseins, car la violence et la guerre éclateraient, en lettres de feu, dans le sinistre programme réservé à sa planète.
C'est alors qu'il eut l'idée de créer l'homme.

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Elle n'était pas seulement très belle, elle avait une telle présence d'instable femelle et dégageait un si lancinant magnétisme que le baromètre de son appartement indiquait tous les jours les variations et perturbations de son humeur, depuis la sombre déprime jusqu'à la joie solaire d'exister.

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Mélanie portait bien son nom. Elle était aussi harmonieuse qu'une mélodie particulièrement réussie. Ravissante de visage, adorable de comportement, admirable de corps, tout en grâce et en finesse, elle irradiait de charme. Pour une raison ou pour une autre, elle attirait tout le monde, hommes, femmes et animaux.
Les hommes qui la voulaient, elle pouvait les rendre ivres de désir. Elle aurait volontiers ouvert ses jolies cuisses à certains d'entre eux si elle n'avait pas eu un contrat draconien avec les publicitaires d'une eau minérale. Qui lui interdisait toute dépense d'énergie, à part celle de sauter en l'air, en gloussant, dans les prés fleuris de la santé.

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Grande, mince, hiératique, assez étrange pour paraître mystérieuse, admirablement proportionnée, parfaite des prunelles aux chevilles, elle avait tout pour devenir une cover-girl demandée par tous les magazines un peu sophistiqués. Elle fascinait d'ailleurs tout le monde, hommes et femmes confondus.
Malheureusement, elle avait quelque chose de si humble dans l'expression de son beau visage, elle était si timide et tellement discrète qu'elle n'impressionnait même pas la pellicule des photographes.

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Depuis tant et tant d'années, en restant marié malgré tout, il avait si bien empoisonné la vie de sa maitresse qu'à la mort de celle-ci on trouva de l'arsenic dans ses viscères.

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Il était amoureux d'une jeune femme si volage, si coureuse, que même s'il l'enfermait dans son appartement, elle le trompait avec tous les ohms de sa chaîne Hi-Fi.

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Dactylo dans une firme de vente par correspondance, rien dans la neutralité de son apparence ne la distinguait des autres employées. Même sa dextérité de virtuose du clavier n'était pas unique dans la maison. Mais elle avait une faculté intuitive autrement plus surprenante : celle de répondre sans la moindre erreur à toutes les lettres de réclamation qui n'étaient pas encore arrivées.

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On le lui disait si souvent, elle savait qu'elle avait une voix assez rare, particulièrement envoûtante, à la fois rauque et câline, si prometteuse en permanence, mais elle fut quand même assez étonnée d'entendre un jour l'horloge parlante, oubliant de lui donner l'heure exacte pour lui demander où et à quelle heure elles pourraient se rencontrer.

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sternbergOrageuse, sa vie aura été erratique, la privée comme la matérielle. Sans parler de sa carrière en dents de scie : quarante livres publiés ne lui ont pas assuré un statut d'auteur statufié dans le succès.
On le dit inclassable, sans doute parce qu'il ne s'est jamais limité à un seul label littéraire. Il aurait pu demeurer un romancier, un auteur dramatique, un scénariste de cinéma, un chroniqueur pamphlétaire. Mais en réalité il avait, par-dessus tout, la passion du texte bref. Qui ne l'abandonnera jamais. Cela lui valut ses lecteurs les plus exigeants et la consécration dans un certain nombre de livres de classe au milieu de Maupassant, Poe, Kafka, Gogol, Mérimée ... Étranges fréquentations ...

J. S.

C'est, comme de plus en plus souvent, l'ami Fantasio qui m'a incité à me procurer ce recueil.

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