vendredi 12 janvier 2007

Comique états-uniens

Voici une information qui vous intéressera. En 1995, d’après le Washington Post, des pirates de l’informatique sont arrivés à percer les systèmes de sécurité du Pentagone 161 000 fois. Cela représente 18 effractions à l’heure, soit une toutes les 3,2 minutes. Oh ! je sais ce que vous allez dire. Ce genre d’incident peut se produire avec n’importe quel système de défense monolithique qui détient le sort du monde entre ses mains. Après tout, quand on stocke un arsenal nucléaire titanesque, il est normal que des gens essaient d’y fourrer leur nez, juste pour voir ce que signifient ces boutons rigolos ACTIVER et ALERTE ROUGE. C’est dans la nature humaine.

D’ailleurs, le Pentagone a d’autres soucis, merci bien, notamment trouver ce que sont devenus ses dossiers sur la guerre du Golfe. Je ne sais pas si vous l’avez lu, mais il a égaré – ou plutôt irrémédiablement perdu – la quasi-totalité d’un rapport officiel de pages (il leur en reste tout de même ) sur cette brève mais néanmoins passionnante aventure que fut la guerre du Golfe. La moitié des dossiers disparus ont été, paraît-il, accidentellement effacés lorsqu’un officier du QG – j’aimerais pouvoir dire que j’invente – a fait une erreur de manip en transférant des jeux vidéo sur un ordinateur de l’armée. Les autres dossiers manquants sont tout simplement … manquants. Tout ce que l’on sait, c’est que deux copies en ont été envoyées au haut commandement en Floride, mais personne n’arrive à remettre la main dessus (encore un coup de la femme de ménage). Quant au troisième exemplaire, stocké dans le coffre-fort d’une base militaire du Maryland, il s’est tout simplement volatilisé, ce qui, en l’occurrence, semble une explication éminemment plausible.

Maintenant soyons juste : le Pentagone avait sans doute l’esprit ailleurs, préoccupé qu’il était après avoir appris que les rapports récemment fournis par la CIA n’étaient pas extrêmement fiables. On venait en effet de révéler que, malgré les sommes astronomiques consacrées à ses opérations de surveillance de l’Union Soviétique, la CIA n’avait pas réussi à prévoir la fin de l’URSS (en fait elle en était encore à faire vérifier la rumeur par ses agents McDonald’s de Moscou). Il y avait bien là de quoi laisser perplexe le Pentagone. Franchement, vous ne pouvez pas espérer garder trace de vos guerres si les nouvelles du front ne sont pas fiables, non ?

La CIA devait elle aussi avoir l’esprit ailleurs et être toute secouée d’avoir appris (là encore , j’aimerais dire que j’invente) que le FBI avait passé des années à filmer un de ses agents Aldrich Ames. On l’avait vu pénétrer dans l’ambassade d’Union soviétique avec de gros classeurs sous le bras puis ressortir les mains vides, mais sans jamais établir avec certitude ce qu’il se passait. Le FBI savait qu’Aldrich Ames était un employé de la CIA, savait qu’il rendait de fréquentes visites à l’ambassade soviétique, savait aussi que la CIA recherchait une taupe dans ses rangs, mais jamais les cerveaux du FBI n’avaient réussi à faire l’effort d’imagination suffisant pour établir un lien entre tous ces éléments intrigants. Ames a finalement été coincé et condamné à des milliers d’années de prison pour haute trahison, mais certainement pas grâce au FBI. Là encore, soyons juste : le FBI était bien trop occupé à faire foirer d’autres affaires.

D’abord il y a eu l’arrestation injuste de Richard Jewell, cet agent de sécurité soupçonné d’avoir placé une bombe aux jeux Olympiques d’Atlanta. Jewell, selon le FBI, avait posé l’engin, couru au téléphone pour alerter les autorités, piqué un sprint sur quatre kilomètres (en moins d’une minute) de façon à être sur les lieux juste à temps pour jouer les héros. Malgré l’absence de preuves contre lui et l’impossibilité matérielle de téléphoner et de se retrouver sur le site de l’explosion dans un laps de temps aussi court, il a fallu des mois aux gars du FBI pour reconnaître qu’ils s’étaient trompés de suspect.

On a appris ensuite que depuis des années les services de médecine légale du FBI tripatouillaient, égaraient, mélangeaient, renversaient, piétinaient et traînaient jusque sur les parkings les preuves cruciales qu’on leur demandait d’analyser. De temps en temps, ils inventaient tout simplement. Par exemple, un laborantin du FBI a rédigé pour un acte d’accusation un rapport entièrement fondé pour un examen au microscope sans jamais avoir pris la peine de se pencher une seule fois sur un microscope. Grâce à ce laboratoire de branquignols et à leurs initiatives créatives, des milliers de preuves risquent aujourd’hui d’être déclarées irrecevables par la justice.

Vous serez nombreux à en conclure que le Bureau fédéral des investigations est un repaire de dangereux crétins. C'est sans doute vrai, mais on doit aussi leur accorder des circonstances atténuantes car ils viennent de découvrir qu’il existe des gens encore plus extraordinairement incompétents qu’eux, à savoir la police des Etats-Unis.

La place me manque pour vous donner dans cette chronique un large échantillon des hauts faits de nos policiers, aussi n’en citerai-je que deux. Premièrement, les services du shérif du comté de Los Angeles viennent de battre un record d’incompétence en relâchant par erreur vingt-trois prisonniers, dont certains très dangereux et complètement fêlés. Après avoir remis en liberté le vingt-troisième, un responsable a expliqué aux journalistes qu’un employé avait reçu un courrier ordonnant le transfert immédiat du prisonnier en Orégon où il devait purger une longue peine pour attaque à main armée et viol. Mais ce fonctionnaire avait compris dans cet ordre qu’il fallait rendre ses affaires personnelles au condamné et l’escorter vers la sortie en lui recommandant la meilleure pizza du coin.

Meilleure encore, à mon avis, est l’histoire de ces shérifs adjoints de Milwaukee envoyés à l’aéroport pour entrainer des chiens à la chasse aux explosifs. Les policiers ont caché un paquet de deux kilos et demi de vrais explosifs quelque part dans l’aéroport et puis – j’adore ce détail – ils ont oublié où. Inutile de vous dire que les chiens n’ont rien trouvé. Cela s’est passé il y a quatre mois et ils cherchent toujours. C’est la deuxième fois que les services du shérif de Milwaukee réussissent à perdre des explosifs dans un aéroport.

Je pourrais poursuivre encore longtemps, mais je vais en rester là parce que j’ai l’intention d’essayer de pénétrer dans les ordinateurs du Pentagone. Traitez-moi de gamin si vous voulez, mais j’ai toujours rêvé de faire sauter un petit pays. Ce sera le crime parfait : la CIA ne s’en apercevra pas; le Pentagone s’en apercevra mais perdra le dossier ; le FBI mènera une enquête de dix-huit mois et arrêtera finalement le « Fugitif » ; puis les hommes du shérif de Los Angeles lui rendront sa liberté. Mais surtout cela distraira les gens des vrais sujets d’inquiétude.


billbryson


Cette nouvelle est extraite de ce bouquin qui m'a parfois fait hurler de rire (intérieurement parce que l'endroit ne se prête pas toujours à l'éclat de rire tonitruant). Il a été écrit par Bill Bryson, un chroniqueur qui, après avoir passé plusieurs années en Angleterre, s'y être marié, y avoir fondé une famille, retrouve son pays d'origine, les USA avec un oeil effaré, critique, mais malgré tout bienveillant.

Voici comment le présente son éditeur chez Amazon :

Retourné vivre aux Etats-Unis après des années d’absence, Bill Bryson s’étonne : « Les Américains ont produit plus de prix Nobel que le reste du monde réuni. On n’obtient pas un pareil palmarès avec une population qui serait exclusivement composée de crétins. Et pourtant, parfois, c’est à se demander... Voyez plutôt : selon un sondage, 13% des Américaines sont incapables de dire si elles portent leur slip sous ou sur leurs collants. Donc, aux Etats-Unis, 12 millions de femmes se promènent dans un état chronique d’incertitude vestimentaire. » Bill Bryson, c’est l’auteur de Motel Blues (PBP/ Voyageurs n° 260), où il narrait son enfance au fin fonds de l’Iowa. Puis il est parti vivre en Angleterre, où il a fondé une famille et écrit un livre encore plus drôle sur ses mésaventures britanniques, Notes From a Small Island, vendu à plus d’un million d’exemplaires en Grande-Bretagne. De retour au pays avec les siens, il a vraiment l’impression de partir à la « redécouverte » de l’Amérique et se fait chroniqueur pour le raconter avec un humour inénarrable dans un journal anglais, le Mail on Sunday, d’octobre 1996 à mai 1998. Résultat : 75 chroniques regroupées en volume et encore un bestseller avec fous rires assurés à toutes les pages ou presque.
Car ces petites histoires sont à savourer comme autant de feuilletons sur la vie quotidienne des Américains en Nouvelle-Angleterre. Tout y passe, vu que Bill a le chic de se fourrer dans les situations les plus absurdes, qu’il s’agisse de son coiffeur ou de sa femme, de l’administration ou de l’ordre public, des plaisirs de la campagne ou des joies de l’hiver, des supermarchés ou des ordinateurs, de la publicité ou de la religion, des hôtels ou des cabines téléphoniques, des élans ou des sconses, des autoroutes ou des aéroports, des séries télé ou de la « malbouffe »
Mais ce Mister Catastrophe mâtiné de Raymond Devos les aime bien, au fond, ses compatriotes aux allures d’extraterrestres : ils n’ont pas plus de travers que les autres peuples, simplement ils les expriment à leur façon. Reste à trouver le mode d’emploi."

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