mercredi 4 novembre 2009

Arithmétique humaine

A : Moi, j’ai un pote.
B : Moi aussi.
A : Et mon pote, il est comme moi-même.
B : Mon pote aussi, on est comme les deux doigts de la main.
A : Mon pote, il est tellement comme moi-même que c’est mon égal.
B : Ah bon ? Vraiment ton égal ?
A : Oui, j’te dis, c’est bien simple, mon pote, c’est comme mon double.
B : Ton double ?
A : Mon double !
B : Alors ton double, c’est ton égal ?
A : Ben oui, puisqu’il est comme moi.
B : Permets, que je comprenne : ton double, c’est donc ton égal.
A : Mais oui, puisque c’est mon double, c’est mon égal !
B : Ton double est donc égal à toi ?
A : Oui, et je dirais même plus : pour lui, mon pote, je suis son double.
B : Donc son égal ?
A : Tu vois que tu me comprends.
B : Je te suis, mais je ne te comprends qu’à moitié. Car s’il est le double de toi-même, et si tu es son double à lui, c’est que tu es ton propre quadruple !
A : Mais non, moi, je ne suis que l’égal de moi-même.
B : Alors laisse-moi t’apprendre que selon toi, tu vaux bien quatre fois toi-même.
A : Je te préviens que je commence à m’y perdre.
B : Tu me préviens ?
A : Oui, je te préviens.
B : Tu me préviens de quoi ?
A : Eh bien je te préviens que je vais t’avertir.
B : Et peux-tu me dire de quoi tu vas m’avertir ?
A : Mais je te l’ai déjà dit !
B : Alors maintenant que je suis averti, j’en vaux bien deux.
A : Non, car comme je t’ai averti que j’allais t’avertir, tu en vaux bien quatre toi-même, toi aussi.
B : Alors on est quitte !
A : On est égaux.
B : Même si nos ego ne sont pas égaux.
A : Même si nos ego sont inégaux.

Un temps.

B : Dis donc, ton pote, il est marié, si je ne suis pas indiscret ?
A : Oui, il est marié.
B : Et sa moitié, elle est comment ?
A : Comme une sœur.
B : Son égale ?
A : Oui, son égale.
B : Donc ton égale.
A : Ben oui, mon égale.
B : Alors là, ça colle déjà mieux, puisque la moitié de ton double est ton égale.
A : Finalement, si je te suis, ça ne colle pas si bien que ça, car lui aussi, c’est sa moitié à elle.
B : Et alors ?
A : Alors lui, il est la moitié de sa moitié.
B : Ah ?
A : Il est son propre quart.
B : Bon sang, mais c’est assez vrai, c’que tu dis là !
A : Ton ami n’est qu’un quart d’ami.
B : Un quart d’ami !
A : Un quart d’âme.
B : Oui mais un quart d’âme homme.
A : Dame !
B : D’homme !
A : Et dire qu’il ne le sait pas !
B : Il faut vite le lui dire.
A : Le prévenir…
B : L’avertir plutôt. Et l’avertir au plus tôt.
A : Comme ça il en vaudra deux.
B : Deux quarts d’ami.
A : Un mi-ami, en somme.
B : Un demi d’ami.
A : C’est déjà mieux.
B : Mais alors il y a un demi d’omis.
A : Un demi d’ami d’omis.
B : Maudit soit le demi d’ami d’omis.
A : Mais dis : tu m’as dit que maudit soit le demi d’ami d’omis ?
B : Pardi oui !
A : Et si mon pote ne te comprend qu’à demi ?
B : Alors il vaut mieux le prévenir qu’on va l’avertir.
A : Comme ça il vaudra quatre fois lui-même.
B : Quatre fois le quart de lui-même…
A : Huit fois le quart de sa moitié !
B : Il aura retrouvé sa grandeur.
A : Courons vite le prévenir.
B : Eh ben, on peut dire qu’il l’a échappé belle, ton pote !

Un temps.

B : Dis donc, entre vous deux, il n’y a personne ?
A : Si, mon pote et moi, on a un pote en commun.
B : Un tiers ?
A : Ah non, tu ne vas pas remettre ça !

Olivier Salon

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