Dans les bibliothèques ou chez les bouquinistes et libraires, c'est ce que je feuillette le plus souvent, cherchant celle que je pourrai reproduire sur le blog pour vous donner éventuellement envie d'acheter ou de voler, bref de vous procurer l'opuscule.
Cette fois, je suis tombé sur une série de textes courts (39) de Franz Bartelt : Pleut-il ?, édité chez Gallimard, 220 pages de textes inégaux mais en grande partie des bijoux d'humour, de non-sens, d'absurde : un véritable régal. J'ai beaucoup de mal à sortir un texte pour le recopier, le choix est très difficile. J'en ai donc sélectionné deux. Voici le premier, l'autre viendra plus tard. Celui-ci porte le titre opportuniste de Technique de la nouvelle.
Il existe de nombreux types de nouvelles. On n'en retiendra que les plus significatifs.
La nouvelle longue.
La nouvelle longue se définit par le fait qu'elle est longue et qu'elle ne pourrait pas être moins longue. On ne peut rien lui retrancher sauf à en altérer le sens et le déroulement. La nouvelle longue ne doit pas être confondue avec le roman court. La distinction est parfois difficile à établir. Il existe toutefois un moyen de reconnaître l'une ou l'autre. Le roman court est publié seul sous sa couverture, alors que la nouvelle longue s'inscrit généralement dans une série de nouvelles du même calibre ou d'un calibre différent. Le roman court se suffit à lui-même. La nouvelle longue ne se suffit pas à elle-même.
La nouvelle assez longue.
La nouvelle assez longue est une nouvelle longue qui ne parvient pas à être vraiment longue. Elle ne doit pas être confondue avec le roman assez court, car le roman assez court est toujours plus long que le roman court. En effet, le roman court se mesure à partir des critères régissant la nouvelle longue, alors que le roman assez court se mesure à partir des critères du roman.
La nouvelle pas trop longue.
La nouvelle pas trop longue est une nouvelle longue dont la lecture ne paraît pas aussi longue que ne l'aurait laissé supposer la longueur de son texte. Ne pas confondre avec la nouvelle trop longue, qui peut être une nouvelle courte qui gagnerait à être moins longue.
La nouvelle pas mal longue.
La nouvelle pas mal longue est une nouvelle qui peut être longue ou courte, mais qui dans les deux cas paraît longue à la lecture. Ne pas confondre avec la nouvelle "encore assez longue", qui est une nouvelle pas mal longue, mais en Belgique.
La nouvelle courte.
La nouvelle courte n'est jamais longue, ni au relatif ni dans l'absolu. Certains esprits audacieux estiment que le concept de longue nouvelle courte est envisageable. Ils ont raison. D'autres subdivisent la nouvelle courte en de multiples catégories, comme la nouvelle assez courte, la nouvelle pas trop courte, la nouvelle déjà pas mal courte, la nouvelle encore assez courte, la nouvelle pas mal trop courte, la nouvelle encore déjà pas trop mal très courte et la nouvelle encore déjà pas très mal assez trop courte. Laissons aux universitaires ces distributions spécialisées.
La nouvelle trop courte.
La nouvelle trop courte est une nouvelle qui se réduit à sa chute ou dont l'idée est exprimée par la chute. "Mais il tomba" est un exemple de nouvelle trop courte. "Il pleut" constitue un autre exemple. De même que "Il neige." A savoir : la nouvelle trop courte peut se composer d'une chute très longue. Exemple : "Le monde entier tomba en arrêt devant les images stupéfiantes, stupéfiantes est le mot, que diffusaient les caméras de télévision en direct des joutes poétiques de Champigneulle où s'opposaient Pol-Jean Ravier, artisan éclairé de la reviviscence du patois ardennais et grand amateur de bière au tirage, et Remy Yauquet, l'auteur bien connu des yannisettes, courtes scènes écrites d'une main tremblante d'émotion sur du papier mâché et paraissant chaque matin à la une du quotidien local."
La nouvelle très courte.
La nouvelle très courte est une nouvelle qui répond avec l'économie maximale à la définition générale de la nouvelle : une idée, une chute. "Il n'avait qu'une idée dans sa tête d'oiseau. Mais il tomba sur un bec." La première phrase exprime l'idée, la seconde la chute. Cette nouvelle est le modèle idéal de la nouvelle très courte. Peu de nouvellistes ont le talent et la patience d'écrire ce type de nouvelle.
Exemples de nouvelles très courtes, respectueuses de la règle "une idée, une chute" :
"J'avais pensé faire un soufflé pour midi. Mais il est retombé."
En une seule phrase :
"Il ne pensait qu'à tomber amoureux."
Avec cette variante :
"Je pense que je suis en train de tomber ?"
On peut également procéder par inversion de la chute:
"Vous tombez bien. Je pensais justement à vous."
Ou bien à la fois par anticipation de la chute et ultériorisation de l'idée :
"Plus dure sera la chute, avait-il pensé."
Par référencement historique :
"L'idée napoléonienne survécut à la chute de l'Empire."
(Pour une nouvelle c'est une nouvelle.)
Par retournement de situation et sublimation héroïque de la chute :
"Quand l'idée de la chute devint plus forte que son sens de l'équilibre, il bomba le torse devant l'ennemi et songea que, tomber pour tomber, mieux valait tomber debout."
La chute engendre parfois l'idée :
"Tombe la neige, impassible manège. Tu ne viendras pas ce soir " (Salvatore Adamo).
La très courte nouvelle peut être proverbiale :
"Celui qui a une idée de cinq mètres fera une chute de cinq mètres."
Antipromotionnelle :
"Cette lotion idéale n'empêche pas la chute des cheveux."
Pour finir, ce dialogue à ce jour insurpassé de la nouvelle très courte :
"J'ai une idée, dit-il.
- Ca tombe bien, dis-je."
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