lundi 17 décembre 2007

Chamboula

Au Village Fondamental, la vie était organisée suivant les compétences de chacun. Celui qui ne savait rien faire ne faisait rien, celui qui savait sauter sur le pied gauche sautait sur le pied gauche, celui qui savait parler aux enfants parlait aux enfants, celui qui savait éplucher des noix épluchait des noix.
Grandes Cuisses, qui était très fort et très vaillant, faisait tout le reste, ce qui était bien commode.
Le plus grand et le plus gros du village était le Chef, parce qu'il donnait les plus grosses claques. Autour du village il y avait des champs, et ces champs étaient les champs du village et du chef du village.
Chaque matin, les hommes partaient à la chasse et les femmes aux champs. Ils étaient chargés du rouge et elles s'occupaient du vert et du blanc.
Il faisait jour le jour, noir la nuit, chaud à la saison chaude et humide à la saison des pluies, et ceci depuis le temps du père du grand-père du père du grand-père, et idem pour la grand-mère.
On se protégeait des grands fauves en laissant le champ libre au lion lorsqu'il voulait venir boire. On se méfiait des éléphants, qui font des ravages et vous mangent la forêt entière pour leur dîner.
On faisait du bon sexe au village; les hommes regardaient les petites filles grandir avec patience. Grandes Cuisses regardait aussi les petits garçons grandir.
Le village était fier de compter parmi ses habitants la plus belle femme jamais portée par la terre et le fleuve. Elle se nommait Chamboula.

...


C'est le début du premier chapitre de "Chamboula", un livre de Paul Fournel, publié au Seuil.

chamboula

Un jour arrive un réfrigérateur au village et très vite on en vient à se battre pour être le premier à s'y rafraîchir.

Une télévision arrive ensuite qui rivalise avec l'arbre à palabres.

SAV ("service après-vente") débarque et ne tarde pas à lorgner sur Chamboula et à gratter le sol et le sous-sol.

Il embauche Boulot, mais celui-ci a soif d'autres horizons.

Et ça continue, en courts chapitres, avec une imagination débridée et une science Oulipienne pendant 340 pages.

fournel

Paul Fournel est également l'auteur de La multiplication du chiendent.

"Ferme tes mains, ouvre les douas en même temps qu'moua et compte : nain, deuil, toit, carte, sein, scie, sexe, huître, veuf et disque. Avec les doigts d'pied on peut aller de bronze à vin, mais t'es trop saoûl pour ça."

La table de nain

  • nain fois nain = nain
    nain fois deuil = deuil
    nain fois toit = toit
    nain fois carte = carte
    nain fois sein = sein
    nain fois scie = scie
    nain fois sexe = sexe
    nain fois huître = huître
    nain fois œuf = œuf
    nain fois disque = disque

A jeûn, j'ai réussi enfin à quitter mes chaussettes pour faire la table de deuil

La table de deuil

  • deuil fois nain = deuil
    deuil fois deuil = carte
    deuil fois toit = scie
    deuil fois carte = huître
    deuil fois sein = disque
    deuil fois scie = bouse
    deuil fois sexe = carrosse
    deuil fois huître = baise
    deuil fois œuf = triste huître
    deux fois disque = vin

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