dimanche 4 février 2007

Le patrimoine de l'humanité

Agent de contact, ça ne s'improvise pas. On sélectionne les meilleurs. Les vraiment meilleurs, m'étais-je dit en arrivant à Cachan, dans la banlieue sud, vu le nombre de clampins qui convergeaient vers le centre des examens. Nous devions être dans les un million, un million cinq, et le concours ne promettait qu'une trentaine de postes. La ville de Cachan était littéralement envahie, elle grouillait de clampins qui caressaient tous le même rêve, le même idéal : devenir agent de contact. Ils se répandaient dans les rues et les magasins, à la recherche de cigarettes, pains au chocolat, de stylos, de gris-gris, de doudous, de quelque chose qui les aiderait à tenir le choc.

Quand je vis l'embouteillage devant l'entrée du bâtiment, je me demandai s'il n'était pas préférable de rebrousser chemin. Après tout, rien ne m'obligeait à passer ce concours. Je pouvais profiter de l'occasion pour visiter Cachan et sa proche voisine Arcueil - ville dans laquelle, d'après mes souvenirs, le marquis de Sade possédait une bicoque où il recevait ses maîtresses et s'amusait à leur brûler le popotin avec de la cire chaude. Je pouvais tout aussi bien rentrer chez moi, ni vu ni connu, me retrouver devant la glace et rassurer mon reflet penaud par de bonnes paroles : " Franchement, vu la quantité de candidats, je n'aurais pas pu m'en tirer. C'était cuit d'avance ...".
A dix-neuf ans, j'avais fait croire à toute la famille que j'étais monté à Paris pour passer l'examen d'entrée à l'Ecole des arts décoratifs. Un coup de maître. Il s'agissait toutefois d'un demi-mensonge, puisque je m'étais bel et bien rendu dans la capitale, mais dans la seule intention d'assister à un concert d'Iggy Pop. Quand mes parents m'interrogèrent sur le contenu des épreuves, je les embrouillai en évoquant un sujet difficile sur le happening, et un autre encore plus coriace sur le thème de la guitare électrique dans l'histoire de l'art. A peu près un mois après cette aventure j'annonçai à la famille déçue, mais peu surprise, que je n'étais pas admis aux épreuves orales. A un demi-point près, dommage. On me remonta le moral en me félicitant d'avoir bravement tenté le coup; ce geste héroïque prouvait ma détermination à faire enfin quelque chose dans ma vie, et clouait le bec de ceux qui soupçonnaient en moi une passion pour la glanderie la plus totale ... Huit ans après, je n'avais plus de compte à rendre à papa et maman. Je m'étais émancipé. Paris, j'y vivais, plus la peine de prendre le TGV pour passer des concours ou applaudir Iggy Pop.


Voici les premières lignes d'un petit roman de 222 pages qui se lit très rapidement et avec beaucoup de plaisir. Il a été commis par Nicolas Beaujon et s'intitule Le patrimoine de l'humanité.
Nicolas Beaujon est né à Mont-de-Marsan en 1964. Il vit aujourd'hui au Canada. Le patrimoine de l'humanité est son premier roman.

En lisant son livre vous découvrirez ce que représente ce métier d'agent de contact (car il réussira son concours) et du coup vous comprendrez le titre de l'ouvrage.

Je me suis régalé et il m'est même arrivé d'éclater de rire en découvrant des aventures en même temps banales et exceptionnelles racontées à la première personne et s'étalant sur 5 ans.

patrimoine

Ce bouquin est édité au Dilettante.

Dilettante n. (mot ital.). Personne qui s'adonne à une occupation, à un art en amateur, pour sson seul plaisir. Personne qui ne se fie qu'aux impulsions de ses goûts. (Le Petit Larousse)


Bonne lecture.

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